Aléas de l’amour, aléa du viager : article décalé

Après plusieurs années passées sur des sites de rencontre, Thomas, 65 ans, vient de se désinscrire: «J’ai repris avec mon ancienne copine!»

On les imaginait se faire une raison ou se remettre entre les mains d’une bonne vieille agence matrimoniale pour trouver l’âme soeur. Mais c’est sur les sites de rencontre en ligne que les seniors draguent. Comme tout le monde!

Geneviève Comby – le 27 mars 2010 Le Matin Dimanche

«Tout de suite, là, je ne peux pas vous parler, je suis sur Skype.» Les nouvelles technologies, Michèle, 72 ans, maîtrise. Et pas seulement pour communiquer avec ses proches à l’autre bout du monde. Pour se trouver un homme aussi. «J’ai une longue expérience des sites de rencontre, avoue-t-elle. J’ai commencé à les fréquenter autour de 64 ans. Vous savez, à partir d’un certain âge, on a plus beaucoup l’occasion de faire des rencontres autrement.»

On les imaginait plutôt se faire une raison ou confier la mission de briser leur solitude à une bonne vieille agence matrimoniale. Mais c’est sur Internet que les seniors draguent. Comme tout le monde! Retraités, séparés, veufs ou veuves, ils «chassent» souvent sur plusieurs plates-formes en même temps.

Un ami, une belle-fille… c’est par le bouche-à-oreille que les seniors débarquent sur les sites de rencontre. «Beaucoup sont à l’aise avec les outils informatiques. Et puis Internet leur donne une sécurité que n’offre pas la rencontre directe, sans toutefois qu’ils soient obligés de rester dans le monde virtuel», relève Yvan Vuignier, directeur du site Swissfriends. Parmi la clientèle payante, 7% des membres ont plus de 60 ans.

Chez son concurrent, Meetic, même constat: si le coeur de la clientèle se situe entre 35 et 50 ans, les seniors sont bien représentés. Tout particulièrement sur la nouvelle plate-forme MeeticAffinity, qui réunit les profils les plus compatibles sur la base de tests d’affinités (personnalité, attentes, style de vie), où 9% des abonnés ont plus de 55 ans.

Trop jeune pour n’être qu’une grand-mère
«Je me suis d’abord tournée vers une agence matrimoniale. Mais ça ne m’a pas donné satisfaction et ça coûtait très cher», explique Michèle, qui a décidé de continuer sur le Net: «Je suis veuve, mais je me trouvais trop jeune pour n’être plus qu’une mère et une grand-mère».

Bertrand, lui, a 63 ans. Il s’est d’abord créé un profil par curiosité: «Je sortais d’une vie sentimentale très rigide. Fraîchement divorcé, je me suis dit: «A moi la liberté!»

Les échanges virtuels, les rendez-vous au café avec un(e) inconnu(e), tout ça les grise autant qu’à 20 ans. «Avec une amie qui est aussi sur des sites de rencontre on se raconte ce qui se passe, nos rencontres, on s’aide à débusquer les tordus», s’amuse Rose, 68 ans.

«Quand j’étais en couple, je me disais «jamais je n’irai sur ce genre de sites!», se souvient pour sa part Nina, 60 ans. Mais une fois seule, il y a comme un vide, des moments où l’on manque de tendresse.» Cette Fribourgeoise ne cherche pas le grand amour: «J’ai du vécu, deux grandes relations de vingt ans chacune. Je connais la vie de couple. Je ne veux pas être seule, mais je ne veux pas de relation durable non plus. Bien sûr, on ne sait jamais, mais pour l’instant, c’est comme ça. Je rencontre des gens, on peut simplement manger ensemble ou partager un moment plus intime.»

Leurs enfants sont aussi passés par là
Grâce au Net, certains multiplient les expériences comme Nina, d’autres se font des amis ou entretiennent l’espoir de trouver un partenaire stable, peut-être le dernier.

Qu’ils aient 60 ou 85 ans, plus personne ne les juge. Leurs enfants? Ils sont souvent eux-mêmes passés par là, comme le souligne Thomas, 65 ans. «Quand j’ai dit à ma fille que je m’étais inscrit sur un site de rencontre, elle a pris ça en riant!» Rose, elle, en parle surtout avec sa belle-fille: «Elle m’a aidée à faire mon profil, et entre femmes c’est plus facile. Mon fils me dit de m’amuser, mais préfère ne pas trop en savoir.»

La réalité, c’est qu’une fois la vie professionnelle derrière soi, les occasions de se faire du plat se raréfient sérieusement. Et dans les fêtes de groupes d’aînés, on ne peut pas dire qu’il y a pléthore de représentants de la gent masculine, parole d’adepte. Alors forcément le grand choix que proposent les sites de rencontre ravit les seniors. Mais de là à pouvoir combler leurs attentes… Rose, très active, cherche quelqu’un qui puisse la suivre, «mais des messieurs de plus de 70 ans encore sportifs, c’est assez rare, et moi je ne veux pas de quelqu’un qui reste avachi devant la télé». Pour Thomas, «les femmes d’un certain âge hésitent à afficher leur photo, et se fâchent si on le leur dit. Mais sans les voir, on ne va jamais les choisir!» Lise, 72 ans, est catégorique: «J’ai envie d’avoir un monsieur dans ma vie, mais pas de vivre avec lui.»

Si la Genevoise continue à chercher la perle rare, elle nous prévient: «Sur les sites de rencontre, il y a de tout, à boire et à manger. On y trouve de drôles de zozos.» Sous-entendu, des clients surtout intéressés par une partie de jambes en l’air. «J’ai été agressée, une fois, confie pour sa part Michèle. Bon, j’exagère un peu, mais lorsqu’on s’est rencontrés, il est directement passé à l’attaque, dans sa voiture!»

Les femmes mûres, même si elles ne trouvent pas facilement chaussure à leur pied, sont loin d’être ignorées sur les sites de rencontre. Même par des hommes bien plus jeunes… Nina, elle, avoue être souvent sollicitée. «Je suis très sportive et on me dit que je fais dix ans de moins que mes soixante ans. M’inscrire sur ces sites a été un bon test pour mon ego, s’amuse-t-elle. La majorité des hommes qui me contactent ont entre 20 et 40 ans.»

Mais pour celles qui cherchent un compagnon de leur âge, les propositions paraissent parfois insolites. «J’ai souvent été approchée par des jeunes, la quarantaine ou même moins, soupire la septuagénaire Michèle. Ils disent qu’ils aiment les femmes plus âgées, mais ils ont plutôt envie de «faire une expérience». Certains hommes cherchent une maman. Je leur réponds que je ne veux pas m’afficher avec quelqu’un qui a l’âge de mes enfants.» Même constat mi-amusé mi-dépité pour Rose: «La semaine dernière, j’ai été contactée par deux garçons de 18 et 19 ans! Je leur ai souhaité de trouver une jolie jeune fille.»

«Je pourrais écrire un livre»
Face aux aléas de l’amour sur le Net, les seniors savent rester philosophes. Même si le bilan qu’ils en tirent est souvent mitigé, à l’instar de Michèle: «J’ai rencontré beaucoup de monde, au point qu’on m’a dit que je devrais écrire un livre! Il vaut mieux être très fort, car on rencontre énormément de déceptions. Si je continue, c’est parce que ça met un peu de piment dans ma vie et qu’il me reste toujours un petit espoir.»

Un espoir vivace, même si le plus grand danger, paradoxalement, reste peut-être de tomber vraiment amoureux. «Ça m’est arrivé l’an dernier, confie Rose. On a vécu quelque chose d’exceptionnel pendant six mois et puis ça s’est terminé. Ça a été pour moi un calvaire.» Parce que quel que soit son âge, rappelle cette grand-maman, «ce sentiment-là est aussi fort qu’à 20 ans».

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