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Acheter en viager : un véritable investissement gagnant-gagnant

Jeudi 3 juin 2010

Par Anne Michel, le 31 mai 2010

Le viager, spéculation sur la mort ? Non, un contrat gagnant-gagnant, qui permet à l’acheteur de devenir propriétaire dans de bonnes conditions et au vendeur de s’assurer une rente à vie, une bonne idée au moment où les retraites sont menacées.

Pourquoi acheter en viager ?
Cette formule vous permet de devenir propriétaire avec une faible mise de départ (le bouquet) par rapport à la valeur du bien, sans passer par l’intermédiaire d’une banque. En contrepartie, vous êtes soumis à l’aléa de la durée de vie du vendeur, qui, à l’inverse d’un prêt, ne peut être défini au départ.

Vous deviendrez alors débirentier et, à ce titre, vous verserez une rente au vendeur (le crédirentier), de la même façon qu’un acheteur réglerait ses échéances de prêt. “Beaucoup d’expatriés s’intéressent à ce placement”, note un professionnel. Ils investissent leurs indemnités de mobilité dans ce type d’achat à Paris et dans la région, afin de le récupérer à leur retour en France, par exemple. “De nombreux Parisiens misent aussi sur la Côte d’Azur via cette formule”, selon André Mattei, P-dg de l’agence Sud Viager à Marseille.

Bien que ce marché reste confidentiel, des annonces circulent sur le Net (www.solutionviager.com, www.viager-libre.fr, www.viagers-occupe.fr…) et certaines agences sont spécialisées dans ce type de vente.

Acheteur : vos 5 critères de valorisation
Qu’on le veuille ou non, acheter en viager oblige à s’interroger sur la longévité du vendeur. “Si le viager se dénoue dans quinze ans, il y aura un équilibre entre l’intérêt de l’acquéreur et celui du vendeur. Avant, l’opération sera à l’avantage du premier ; après, ce sera à celui du second”, explique Michel Artaz (1), directeur du Centre européen de viagers (wwww.fgp-cev.com). En revanche, si l’un des deux retraités devient centenaire, l’opération perdra tout son intérêt…

Plusieurs variables entrent en ligne de compte lors du calcul de la rente : la valeur vénale du bien, le bouquet, l’âge du vendeur, les charges. Le montant de la rente est déterminé librement entre les parties. Si vous faites appel à des professionnels, il faudra noter que les spécialistes n’utilisent ni les mêmes tables d’espérance de vie, ni les mêmes méthodologies. D’où des différences sensibles dans le montant de la rente. Certains spécialistes tels que Michel Artaz conseillent d’exiger des professionnels la mention du taux de rendement interne net du placement que peut espérer le vendeur au terme de son espérance de vie présumée. D’autres utilisent divers barèmes.

Malgré ces règles floues, il s’agit d’être prudent dans la détermination du prix final : la jurisprudence précise que celui-ci ne peut être “vil” ou “dérisoire”. Plus précisément, ce montant ne peut pas, pour un viager libre, être inférieur à la valeur de rendement du bien. On verra que le respect de cette jurisprudence est important, notamment en cas de recours des héritiers ou de l’administration fiscale.

Quid des impôts ?
Pour le loyer occupé, la répartition des charges dépend, là encore, d’une “convention entre les différentes parties, selon Alexandre Suay, avocat à Paris. En général, elles suivent les règles d’un bail classique”. Le vendeur réglera la totalité des travaux d’entretien et des réparations locatives et l’acheteur supportera les autres réparations. Au premier revient la taxe d’habitation, au second la taxe foncière. Notez que les rentes versées ne sont pas déductibles de l’impôt sur le revenu. En revanche, le capital constitutif de celles-ci apparaît au passif de l’ISF.

Vos 5 précautions indispensables
Assurez-vous de pouvoir payer votre rente à long terme. Le non-paiement des échéances peut conduire à une restitution du bien au vendeur, avec le risque que les arrérages et le bouquet restent acquis à ce dernier.

Souscrivez une assurance décès. “En effet, si l’acheteur décède avant le vendeur, le paiement de la rente sera transmis aux héritiers. Or ceux-ci ne sont pas toujours en mesure de l’acquitter”, prévient Alexandre Suay.

Eviter de n’acheter que la nue-propriété en viager. En effet, le rentier pourra alors louer le bien. Et vous prendrez le risque, une fois que le vendeur est décédé, qu’un locataire soit dans les lieux pour une période pouvant atteindre neuf ans !

N’oubliez pas de déclarer les sommes versées au crédirentier, sous peine d’être passible d’une amende égale à 5% de ces versements. Dans votre budget, n’omettez pas d’intégrer les charges annuelles du bien, mais aussi les frais de notaire ; ceux-ci seront calculés sur la valeur du bien occupé (inférieure à la valeur libre) si le vendeur reste dans les lieux.

1. Auteur de Viagers, régime juridique et fiscal, aux éditions Dalloz.

Source : Article Moneyweek

A qui s’adresse le viager?

Vendredi 22 janvier 2010
La vente d’un viager s’adresse en priorité aux personnes âgées. Elle doit faire l’objet d’un acte notarié

Qui peut le faire ?

° Toute personne physique, propriétaire d’un bien immobilier peut le vendre en viager quel que soit son âge. Cependant, ce système s’adresse plus particulièrement aux personnes âgées (un jeune homme de 18 ans aura du mal à trouver un acquéreur et la rente qu’il touchera risque d’être très infime !).

Elle ne doit pas être atteinte d’une maladie pouvant entraîner la mort. Si elle meurt dans les 20 jours suivant la signature du contrat, la vente est annulée.

La rente peut être assise sur une tête ou bien réversible sur une deuxième tête (conjoint, généralement). Dans ce cas, à la mort du premier époux, l’acheteur continuera à payer la rente au second époux.

° L’acheteur peut, quant à lui, être une personne physique ou morale (société). Des garanties financières lui seront généralement demandées (caution, hypothèque) afin de s’assurer qu’il est à même de payer régulièrement la rente.

Le contrat de vente peut contenir des clauses résolutoires en cas de non-paiement : vente annulée, partie des rentes payées gardée par le vendeur en indemnités.

une vente en viager à un enfant sera considérée comme une donation au moment du règlement de la succession si l’on n’a pas obtenu au moment de la vente l’accord de tous les héritiers réservataires.

Où s’adresser ?

° Il s’agit d’une vente immobilière. Elle doit donc faire l’objet d’un acte notarié, précédé d’une promesse de vente.

° Passer obligatoirement par un notaire pour dresser l’acte de viager. Les frais (honoraires, droits d’enregistrement, de timbre, frais de publication, etc.) sont à la charge de l’acheteur.

° Certains organismes spécialisés mettent en relation des acheteurs et des vendeurs.

Le viager, un dispositif ancestral qui connait une nouvelle jeunesse

Mercredi 13 janvier 2010

Le viager est une variante de la vente immobilière. Elle est bien connue des français à travers la littérature et parfois, la tradition familiale qui rapporte telle ou telle anecdote d’une affaire, bonne ou mauvaise, réalisée avec ce dispositif. Le cinéma s’est emparé lui aussi de ce thème avec un film devenu un classique et l’actualité également a offert quelques histoires édifiantes avec, entre autres, celle de Jeanne Calment, un moment doyenne de l’humanité, qui a, par sa longévité (122 ans), désespéré deux générations d’acquéreurs de sa maison d’ARLES.

Le viager est souvent utilisé par des gens âgés pour se procurer un complément de ressource au moment de leur retraite tout en conservant l’usage du bien vendu, et ce, jusqu’à la fin de leur vie. C’est souvent le cas de commerçants qui, n’ayant pas eu l’opportunité de cotiser assez à une caisse de retraite et ne retirant de la vente de leurs fonds assez de capital « mettent en viager », selon l’expression populaire, leur patrimoine immobilier. Le viager possède son vocabulaire particulier. Ainsi, en droit, le vendeur d’un bien en viager est appelé « crédirentier » tandis que l’acheteur est le « débirentier ». L’un est créditeur de la vente quand l’autre en est le débiteur. Il revient au notaire de rédiger le contrat de vente en viager. A la signature de l’acte, le bien ainsi cédé devient la propriété de l’acheteur mais il n’en n’a la jouissance qu’au décès du dernier occupant signataire de l’acte. L’acquisition d’une maison, d’un appartement ou d’un terrain en viager peut se payer de différentes façons, sous forme de « bouquet » ou de « rente ».

Le bouquet est le versement comptant d’un capital le jour de la vente. Le versement du bouquet diminue d’autant le montant total de la vente restant du si le versement d’une rente est prévu à l’acte. Le montant du bouquet est fixé librement entre acheteur et vendeur mais le conseil et l’expertise du notaire sont nécessaires afin que l’opération soit équilibrée. Plus le bouquet est important, moins la rente est élevée. Plus le vendeur est âgé, plus le bouquet est important. La rente viagère est la somme versée à échéances régulières au crédirentier jusqu’au décès de ce dernier. Cette rente peut être consentie sur une ou deux têtes quand c’est un couple qui est crédirentier. Comme celui du bouquet, le montant de la rente est librement fixé entre acheteur et vendeur. Il dépend de l’âge et de l’espérance de vie du crédirentier. Ce calcul est bien sûr complexe et délicat. Là encore, le rôle du notaire est essentiel. Le mode d’estimation du bien mis en viager et le mode de règlement de la vente ont pour conséquence directe que si le crédirentier décède en deçà ou au-delà de la moyenne statistique, le débirentier paiera le bien moins cher ou plus cher que la valeur de ce bien tel que fixé au moment de la signature de l’acte.

Certains voient dans cette mécanique une sorte de pari immoral sur la durée de vie de l’une des parties. Ce pari joue dans les deux sens car, comme on l’a vu avec le cas de Jeanne Calment, si le débirentier décède avant le crédirentier, et si ses éventuels héritiers ne peuvent verser la rente, ce dernier peut récupérer la pleine propriété de son bien et peut le remettre en vente viagère. La rente peut en outre être indexée sur le taux d’inflation. Outre la certitude de demeurer usufruitier du bien cédé en viager, pour le crédirentier ce système comporte des avantages fiscaux et successoraux non négligeables que le notaire saura exposer dans les détails. Globalement, on peut dire que le bouquet peut être converti en donation aux enfants et petits enfants. La rente viagère bénéficie d’un abattement fiscal de 150 000 euros pouvant venir en avance sur héritage. L’avantage fiscal lié à la perception d’une rente viagère est lié à l’âge du crédirentier. Les notaires et les spécialistes du viager immobilier sauront vous renseigner sur tous les détails du dispositif fiscal lié à ce type d’opération.

Le viager peut aussi porter sur un bien laissé libre par le crédirentier. Dans le cas du viager libre le débirentier dispose complètement du bien et peut, à son gré, l’occuper ou le louer. Le viager libre ne représente cependant que 5% du marché. Une précision qui soulagera la conscience des éventuels acheteurs : l’aléa est la condition obligatoire et impérative du viager. A la conclusion du contrat, le décès futur du vendeur doit être imprévisible. Si l’acheteur a connaissance d’une maladie possiblement mortelle du vendeur, il n’y a plus d’aléa et l’acquisition en viager ne peur avoir lieu sauf nullité de cette vente sur recours des héritiers.

Par sa complexité mais aussi par la somme des avantages et facilités que le viager peut représenter pour les parties, cette formule nécessite l’avis et l’intervention de spécialistes au premier rang desquels figure le notaire. Dans un marché économique difficile, au moment où la retraite est pleine d’incertitudes, le viager connaît un regain d’intérêt. Le vieillissement de la population est aussi un élément important qui vient conforter ce dispositif ancestral du droit français.

Cet article a été publié dans la Revue des Notaires n°51.